Toponymie

Appelé à l’origine Roccasterone, la Rocca ou Rocha, la Roccha de Sterono, Roca-Staroni ou Rocca Steronis, le village est nommé « la Roque-en-Provence » lors du partage de 1760 ou « Roque d’Estéron » « devenue française ».

À la fin du xviiie siècle, il est fait mention dans les actes civils de la « Roque Estéron ». Le nom définitif passe en 1793 de « la Roque Stéron » à « la Roquestéron », l’article disparaissant l’année suivante, en l’an III de la République. Dénommé la Roque-Var au cours du xixe siècle, ou à nouveau Roque d’Éstéron, il devient Roquestéron-Grasse en 1860.

Il n’est pas rare de lire le vocable Roquesteron désigner ce village dans son histoire, ce qui peut entraîner des confusions mais n’est pas en contradiction avec son passé : il n’y a qu’un seul village jusqu’en 1760, de plus l’actuel Roquestéron porte officiellement le nom de Roccasterone sous l’administration sarde. Par ailleurs, les deux communautés portent le même gentilé. Un texte littéraire et historique parle de la période de la division de la communauté en deux2.

À côté des langues officielles, côté provençal comme sarde, en langue occitane parlée des deux côtés de l’Esteron, le village s’appelle « Sa Ròca » en graphie occitane, « Sa Roco » en graphie mistralienne (ou respectivement « La Ròca », « La Roco).

L’étymologie est assez claire : le rocher (fortifié) de/sur l’Estéron, selon une onomastique classique à préfixe roque-, avec les dérivés rochetteroquette… L’étymologie de la rivière demeure plus obscure. Celle du Peïroulet est rattachée selon Giauffret au sens de chaudron (peiroulet en niçois, pairol en occitan), à moins que la notion de pierrerocailleux, n’y soit présent comme pour les communes de Peyroules ou Peyrolles.

Un décret du 16 novembre 2015, paru au Journal officiel du 18 novembre modifie le nom officiel de la commune, qui passe de Roquestéron-Grasse à La Roque-en-Provence.

Histoire

La présence antique

Si la présence humaine est attestée dans la vallée dès le Néolithique (pierres polies à Sigale), elle l’est éventuellement dès l’Age du Bronze sur le site même du village qui a révélé des objets de ce métal. Octobon y répertorie un site protohistorique, tandis de G. Bretaudeau y voit un « emplacement logique » de camp ligure avec enceinte « possible, sinon probable ». Peut-être la peuplade ligure des Velauni, mentionnée sur le Trophée des Alpes, a-t-elle habité le terroir. La présence romaine est assurée, comme en témoignent un cippe bordant probablement la route carrossable secondaire (dite de nos jours Voie romaine, rue de Roquestéron), en rive gauche, qui reliait Vence à Castellane, un mortarium découvert à Entrevignes, ainsi qu’une épigraphe encore visible sur une façade du village, en bordure de la route départementale. À présent quasiment illisible, Giauffret note que l’inscription lapidaire d’un certain Titus mentionne : Parsius Capitus paternus (son père), décurion âgé de 75 ans. L’auteur cite aussi une inscription trouvée dans les contreforts du Cheiron, après Gerbières : Caius, Secondus pasternus [sic], fils de Caius du hameau de Valocie, guéri d’une grave maladie s’est acquitté de son vœu en dédiant son offrande au dieu Hêtre.

Un siècle avant l’auteur roquérois, Edmond Blanc fit une description plus précise des deux gravures dans la Revue archéologique. Après le récit de sa découverte à Gerbières, il transcrit les lettres « peu soignées » FAGO DEO C SECVNDVS CF.PATERNVS EXPAG.STAR VIC.VEL GRAV.INF.[?] V S L M, interprétées ainsi : « Fago deo, Caius Secundus Caii filius paternus ex pago Star(oni), vico Vel(acio), gravi infirmitate liberatus, votum solvit libens merito ». À proximité est gravée une dédicace à une source : BIBE MVLTOS ANNOS BIBAS. L’inscription du village est transcrite ainsi : M.CVPITI.PATERNI.DECVRIONI. A LXXV TVTVS FIL. Enfin, il décrit le cippe de la rive gauche :

« je découvris une stèle funéraire en trop mauvais état pour pouvoir être lue, mais je pus y reconnaitre les sigles du duumvir, IIV, et du centurion ɔ ; à la fin de la quatrième ligne la syllabe INI, et à la dernière, presque en entier, les mots IVI//////VERVNT, vici posuerunt. Au-dessous et dans un carré se trouvait gravée, en relief, une courte épée ; au-dessus, dans un triangle, un croissant et deux objets trop frustes pour pouvoir être déterminés. Il ressort, ce me semble, clairement de tout ceci, que Roquestéron existait à l’époque romaine sous le nom de pagus Staro, et qu’il y avait une administration municipale assez complète, puisqu’on y retrouve des décurions et des duumvirs »

Enfin, plus monumental mais de datation incertaine, une pile-culée de pont (base d’aqueduc pour Giauffret) est visible dans le coude du Peïroulet, sous l’actuelle passerelle.

Au Moyen Âge, un territoire tripartite

Après les siècles obscurs des invasions, le premier seigneur connu de « l’ancien castrum de la Rocca », Raymond Rostaing, donne en 1025 et 1046 des terres (« du ruisseau Albas – le Blanc – et Incisius – l’Entaille – jusqu’au fleuve Estéron »), des biens et l’église Saint Jean-Sainte Marie à l’abbaye de Lérins qui fonda un prieuré. Cet édifice, modeste, se tenait peut-être sur l’emplacement de la chapelle Sainte Pétronille, en haut de la colline portant le village, à moins qu’il ne s’agisse du futur prieuré de la Haute-Olive. En 1074, Laugier (Laugerie) le Roux, inféodé aux comtes de Provence, devient par mariage le seigneur de la Rocca. Les Laugier-Rostaing de Thorame-Castellane conserveront le fief jusqu’à la dédition à la Savoie. Ils érigent un castrum de la Rocha au xiie siècle, un poste de guet avec enceinte (cité en 1252) et une chapelle, l’actuelle église Sainte Pétronille. Un autre castrum fut érigé dans le hameau de Gerbières (castrum de Garberii). Vers 1211, le village se peuple et plusieurs familles Alziari viennent d’Italie s’y installer. Au début du xiiie siècle encore, l’aristocratie locale s’étant rebellée contre l’autorité du comte de Provence, celui-ci prend Gerbières, y maintient une garnison, et établit un autre castrum/hameau (« bastide de siège » pour Edmond Rossi) à la Haute-Olive, dans les montagnes au sud du village, le « castrum de Sancti Johannis de la Rocha ». Un prieuré Saint Jean de Moustiers (ou de Mousteyret, « du monastère », ou encore Moustier de Saint Honorat) y est fondé et donné là encore à Lérins. Une famille de petite noblesse, les Saint Jean, développe le lieu au cours du Moyen-Âge. À la fin du xiiie siècle, Raymond Féraud, illustre prieur, troubadour lettré affilié à l’aristocratie locale, y écrit une partie de La Vida de Sant Honorat. Il l’introduit puis l’achève en 1300 par ces mots :

« Hom l’appella Raymon Feraut

En la Roque tenc sa mayson Priols en la val d’Estaron E de l’Oliva pres d’acqui […] Que l’an de Diou milet tre cen Compli lo priol son roman A l’onor de Diou et dei sants En la Roccat en sa mayson Priol en la val d’Esteron

E de l’Oliva pres d’acqui »

L’archéologue médiéviste Jean-Claude Poteur présente une lecture plus hardie des sites médiévaux : selon lui, le vaste domaine de la Haute-Olive, d’origine antique, accueillait depuis le xie siècle au plus tard un prieuré dédié à Notre Dame et Saint Jean (Moustiers de Saint Honorat). Le château, « la Rocca », des seigneurs du lieu aurait été construit à Gerbières. Ce fut le premier castrum, avant qu’ils ne se replient sous le siège du Comte de Provence (vers 1230-1240) pour construire les fortifications sises à l’église (milieu du xiiie siècle) qu’il nomme Saint Arige, future Sainte Pétronille, et surtout y fonder un nouveau village. Le donjon/tour de guet est complété par une enceinte dans la seconde moitié du xive siècle, alors qu’est construit une nouvelle forteresse à Gerbières, délaissée après 1388. Il est vrai qu’un texte mentionne « l’ancien castrum de la Rocca » et un cartulaire du xie siècle que l’église Saint Jean (le prieuré de l’Olive ou Saint Arige/Sainte Pétronille) est située entre le castrum de la Rocca (à Gerbières donc) et celui de Cuébris. Des textes de 1351 et de 1376 mentionnent à la fois Saint Jean de la Roque et l’église Saint Erige de Roquestéron. Il semble toutefois difficile d’imaginer l’absence d’occupation du site stratégique du Peïroulet entre l’époque gallo-romaine et le xiiie siècle, d’autant qu’un texte des environs de 1232 distingue le castrum de Garberiis de celui de la Rocca, et que le site de Gerbières ne paraît pas propice à accueillir toute une communauté villageoise. Féraud, demeurant « à la Roque », semble à la fois « prieur dans la vallée de l’Estéron » et à l’Olive, ce qui peut suggérer l’union de deux prieurés « Saint Jean », de toute façon faiblement habités (jusqu’au minimum de deux religieux), auxquels sera adjoint le prieuré des Ferres, en 1325. À la fin du xvie siècle, le premier registre de catholicité mentionne aussi un prieur et le nom de l’église : « Hiou, Jan Frances Arnaud, prior de la gliso parrochialo de Sant Eriei… ».

Jusqu’en 1388, la Rocha demeure provençale. Cette année-là, Grimaldi de Bueil se rallie aux durassiens contre la Provence angevine et dédie le comté de Nice à la Savoie. La frontière apparait sinueuse, le village fait partie d’une avancée savoyarde (jusqu’à le Mas/Aiglun) en terre provençale. Inversement, Saint Antonin et la place-forte de Cuébris voisine forment une pointe étrangère. Ainsi, la Rocca devient territoire frontalier (et plus encore en 1760) pour un demi-millénaire. Le castrum de Gerbières est abandonné lors de la dédition. Les Laugerie-Rostaing, fidèles aux angevins, sont écartés et les biens de la Rocca sont attribués à la famille de Glandevès et d’autres terres au chevalier des Ferres, avant de revenir aux Grimaldi au cours du xve siècle. La seigneurie est accordée à André Acchiardi en 1598, à Balthazar Siméon en 1672.

Extension et séparation à l’époque moderne

À la fin du Moyen-Âge, le village accroché au flanc du rocher qui domine l’Estéron sur la rive droite, descend vers la rivière, la franchit et peu à peu, le faubourg rive gauche cultivé se couvre de bâtisses, certaines construites par les familles de notables Saint Jean (« borgho Sangian ») et Alziari ; le fils du notaire Claude Alziari, Jean, est investi en janvier 1724 du nouveau comté de Malaussène. Les Roverizzio de Pianova, ou Pianavia Roverizio, de San Remo, deviennent comtes de la Rocca Sterone en 1722 (Roverizzio di Roccasterone). Au début du xviiie siècle, l’église Sainte Pétronille est fortifiée, les combles surélevés pour créer un corps de garde avec meurtrières pour armes à feu.

C’est avec le traité de Turin de 1760 que l’Estéron devint la frontière entre la France et les États de la Maison de Savoie (royaume de Sardaigne). Une frontière au tracé simplifié mais qui sépare le village en deux : le berceau originel revient en territoire provençal (Royaume de France depuis 1481) et prend le nom de La Roque en Provence/La Roque d’Estéron. Séparé par la rivière et le « Pont de France », le faubourg rive gauche acquiert une identité administrative sarde et conserve le nom de Roccasterone, le futur Roquestéron qui sera rattaché à la France en 1860 avec le toponyme de Roquesteron-Puget. Les habitants continuent de jouir de leurs biens de part et d’autre du tracé, la paroisse et ses registres, souvent en français, demeurent uniques jusqu’en 1774. La titulature Saint Arige, ainsi que des objets du culte et une cloche, ont été transférés dans la nouvelle église en construction depuis 1735, rive gauche. La communauté subit les remous des guerres de la Révolution : le village est occupé, voire saccagé par les troupes austro-sardes ou les milices barbets, des troupes républicaines sont encasernées dans l’église Sainte Pétronille durant six mois en 1792.

Après un pic démographique au milieu du xixe siècle, moment où le village français accueille un « cabaretier », une tuilerie et des moulins, un poste des douanes royales et plusieurs orphelins de l’Hospice de Grasse, sa démographie chute des cinq sixièmes en un siècle.

 

Politique et administration

Liste des maires

Liste des maires successifs

Période

Identité

Étiquette

Qualité

1793

An IV

Jean Alziary

 

 

An IV

 

Guillaume Muraire

 

 

An VII

 

Jean Alziary

 

 

An VII

An XII

Jean François Frédy

 

 

An XIII

1806

Jean Niel

 

 

1806

1813

Jean Alziary

 

 

1813

1828

Bernard Isnard

 

 

1828

1832

Jean André Frédy

 

 

1832

1835

Jean Baptiste Salamite

 

 

1835

1837

Bernard Isnard

 

 

1837

1848

Jean André Frédy

 

 

1848

1866 ?

Honoré Foucon

 

 

1866 ?

1876

Joseph Germain Raybaud

 

 

1876

1878

Sylvestre Boule

 

 

1878

1904

Désiré Raybaud

 

 

mai 1904

1925

Marcelin Guichard

 

 

mai 1925

1929

Paul Barrière

 

 

mai 1929

1935

Jean-Marie Cazenove

 

 

mai 1935

1953

Maurice Fortune Raybaud

 

 

mai 1953

1977

Michel Barrière

 

 

mars 1977

2008

Roger Gastaud

 

 

mars 2008

en cours
(au 09 mai 2017)

Joseph Valette

SE

Retraité de l’enseignement

Intercommunalité

Depuis le 1er janvier 2014, La Roque-en-Provence fait partie de la communauté d’agglomération de Sophia Antipolis. Elle était auparavant membre de la communauté de communes de la vallée de l’Estéron, jusqu’à la disparition de celle-ci lors de la mise en place du nouveau schéma départemental de coopération intercommunale. Elle fait partie de la CASA (Communauté d’Agglomération de Sophia Antipolis).

Démographie

Les habitants s’appellent les Roquois

L’évolution du nombre d’habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1793. À partir du 1er janvier 2009, les populations légales des communes sont publiées annuellement dans le cadre d’un recensement qui repose désormais sur une collecte d’information annuelle, concernant successivement tous les territoires communaux au cours d’une période de cinq ans. Pour les communes de moins de 10 000 habitants, une enquête de recensement portant sur toute la population est réalisée tous les cinq ans, les populations légales des années intermédiaires étant quant à elles estimées par interpolation ou extrapolation. En 2014, la commune comptait 79 habitants.

           Évolution de la population

1831

1836

1841

1846

1851

1856

1861

1866

1872

208

162

238

237

237

250

206

200

159

 

           Évolution de la population, suite (1)

1876

1881

1886

1891

1896

1901

1906

1911

1921

137

179

149

130

103

72

86

86

75

 

           Évolution de la population, suite (2)

1926

1931

1936

1946

1954

1962

1968

1975

1982

55

57

36

33

41

47

40

56

59

 

           Évolution de la population, suite (3)

1990

1999

2005

2006

2010

2012

2014

59

65

61

62

79

81

79

De 1962 à 1999 : population sans doubles comptes ; pour les dates suivantes : population municipale.
(Sources : Ldh/EHESS/Cassini jusqu’en 1999 puis Insee à partir de 2006.)

Histogramme de l’évolution démographique

Culture locale et patrimoine

Lieux et monuments

L’église Sainte-Pétronille et l’Estéron.

  • Église Sainte-Pétronille (chapelle du xiiiesiècle) dominant le village, inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1941. Cette église était l’ancienne église Saint-Jean du prieuré dépendant de l’abbaye de Lérins constitué en 1028 et 1046 dans la vallée. Après le traité de Turin, l’église a été rehaussée à partir de l’ancien cordon qui fait le tour de l’édifice pour construire un chemin de ronde permettant de surveiller la frontière.
  • Mur d’enceinte du castrum très altéré, en partie visible et restauré ; tour supérieure de guet non accessible.
  • Pont de France.
  • Chapelle de l’Olive.
  • Chapelle Saint-Laurent près de Gerbieres.
  • Projet de parc départemental de l’Estéron sur Roquestéron et Roquestéron-Grasse.
  • Épigraphe en latin intégré dans une façade, face à la fontaine.

Personnalités liées à la commune

  • Raymond Féraud, moine troubadour
  • Le village est le berceau de la famille Alziary de Malaussène (anoblie en 1723), dont l’un de ses représentants en particulier, François Régis, sera maire de la ville de Nice.

 

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